Nous tous qui recevons en partage la science sainte, nous aurons aussi à rendre
compte de toutes nos vanités, même involontaires. Tu as noté même ce que
j'ai transgressé sans le vouloir (Job 14, 17), et c'était juste. Si
quelqu'un ne cesse pas de se souvenir de Dieu et s'il ne néglige pas ses saints
commandements, il ne tombera pas par une faute volontaire ou involontaire. Il
faut donc, sans tarder, présenter au Maître la confession intense de nos
fautes, même involontaires, c'est-à-dire concernant l'observance de la règle
établie (il est impossible, puisque nous sommes des hommes, de ne pas commettre
des fautes humaines) jusqu'à ce que notre conscience trouve dans les larmes de
l'amour la pleine assurance de la rémission de ses fautes. Si nous
confessons nos péchés, Il est assez fidèle et juste pour nous remettre nos
péchés et nous purifier de toute iniquité (1 Jn 1, 9).
Et il faut sans cesse appliquer notre attention au sentiment de cette
confession, de peur que notre conscience ne s'abuse elle-même, en croyant avoir
présenté à Dieu une confession suffisante, puisque le jugement de Dieu est
beaucoup plus exigeant que notre conscience, même si elle a pleine assurance de
n'avoir rien à se reprocher, comme le très sage Paul nous l'apprend en disant
Mais je ne me juge pas moi-même. Ma conscience, il est vrai, ne me reproche
rien, mais je ne suis pas justifié pour autant ; celui qui me juge, c'est le
Seigneur (1 Co 4, 4). Car si nous ne confessons pas comme il convient même
ces fautes-là, à l'heure de notre sortie de ce monde, nous trouverons en nous
une crainte secrète. Il faut demander dans notre prière, nous qui aimons le
Seigneur, que nous soyons trouvés alors exempts de toute peur.
Car celui en qui se trouve de la peur ne passera pas en toute liberté, devant
les princes du Tartare ; car ceux-ci trouvent dans la peur de leur âme un
avocat de leur propre méchanceté. Mais l'âme qui exulte dans l'amour de Dieu, à
l'heure de sa délivrance, est emportée avec les anges de la paix, au-dessus de
toute l'armée des ténèbres. Car elle est soulevée, comme sur des ailes, par
l'amour spirituel, portant sans trêve l'amour qui constitue la plénitude de la
Loi. C'est pourquoi, à la parousie du Seigneur, ceux qui quittent cette vie
avec une telle assurance seront enlevés avec tous les saints. Mais ceux qui
éprouvent tant soit peu de frayeur à l'heure de la mort, seront laissés en bas,
au milieu de la foule des autres hommes passibles du jugement, afin que, après
avoir été éprouvés au feu du jugement, ils reçoivent de notre bon roi et Dieu
Jésus-Christ le sort qui leur revient en fonction de leurs œuvres, parce qu'il
est le Dieu de justice. A Lui appartient, préparée pour nous qui l'aimons, la
richesse de la douceur de son Royaume, dans les siècles des siècles.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos
ascétiques. Cent chapitres.