Willi Graf à ses parents
La IIe Guerre mondiale a donné naissance à des héros : ces jeunes (17 à 25 ans) exécutés pour leurs activités de résistance à l'Allemagne nazie. Les lettres* d'adieu adressées par ces jeunes à leur famille juste avant leur exécution sont très émouvantes, mais seulement deux d'entre elles font appel à Dieu, demandent pardon avant de mourir. On sait que les membres du mouvement allemand de résistance La Rose Blanche étaient tous chrétiens : on trouvera ci-dessous la lettre de Willi Graf (25 ans), condamné lors du deuxième procès (avec Alex Schmorell et Kurt Huber).
Et dans la suite du billet — celle du jeune Français Henri Fertet (fusillé à l'âge de 16 ans). En souvenir, aussi, de mon père qui avait un an de plus que Fertet, mais a échappé à son destin tragique.
Munich, prison de München-Stadelheim12 octobre 1943
Mes parents bien aimés,
Chère Mathilde, Chère Anneliese,
Aujourd’hui je vais quitter la vie et partir pour l’éternité. Pour moi, le plus douloureux, c’est de vous faire du mal, vous qui allez continuer de vivre. Mais, vous trouverez réconfort et force auprès de Dieu. C’est pour cela que je prierai jusqu’au dernier instant, car je sais que cela sera plus difficile pour vous que pour moi. Je vous prie de tout cœur Père et Mère, de me pardonner le chagrin que je vous cause. J’ai beaucoup regretté en prison, surtout dernièrement, ce que je vous avais fait. Pardonnez-moi et priez régulièrement pour moi. Gardez un bon souvenir. Soyez prêts et ayez confiance en la mansuétude de Dieu, qui dirige tout pour le mieux, même si nous sommes pour l’instant plongés dans une amère douleur. A quel point je vous ai aimé, je n’ai pas pu vous le dire de mon vivant, mais à présent, durant ces dernières heures, je vous le dis, sur ce papier malheureusement bien banal, je vous vénère et vous aime du fond du cœur. Pour tout ce que vous m’avez offert dans la vie, et pour tout ce que vous m’avez permis de réaliser grâce à votre sollicitude et votre amour. Unissez-vous et trouvez amour et confiance l'un dans l'autre ! L’amour de Dieu nous embrasse et nous avons confiance en sa grâce. Qu’il nous juge avec indulgence ! Je vous salue tous une dernière fois, cher Père, Mère bien aimée, chers Mathilde, Ossy, Anneliese, Joachim, tous mes proches et amis.
Dieu nous bénisse, nous ne vivons qu’en lui et par lui. Adieu ! Soyez forts et pleins de confiance en Dieu.
Je vous aimerai toujours.
Votre Willi
(Lettre d'adieu de Willi Graf à sa famille, propriété privée d’Anneliese Knoop-Graf, Bühl)
Henri Fertet à ses parents
Besançon, prison de la Butte (Doubs)26 septembre 1943
Chers parents,
Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vu si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi. Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin, pendant ces quatre-vingt-sept jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis et, souvent, je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez douter de ce que je vous aime aujourd’hui, car avant, je vous aimais par routine plutôt mais, maintenant, je comprends tout ce que vous avez fait pour moi. Je crois être arrivé à l’amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être, après la guerre, un camarade parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué ; j’espère qu’il ne faillira point à cette mission désormais sacrée.
Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement mes plus proches parents et amis, dites-leur toute ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands-parents, mes oncles, mes tantes et cousins, Henriette. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant mes camarades du lycée. À ce propos, Hennemay me doit un paquet de cigarettes, Jacquin, mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez le “Comte de Monte-Cristo” à Emeurgeon, 3, chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice Andrey de La Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois. Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon cher Papa, mes collections à ma chère maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois. Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur. Pour moi, ne vous faites pas de soucis, je garde mon courage et ma belle humeur jusqu’au bout et je chanterai “Sambre et Meuse” parce que c’est toi, ma chère petite maman, qui me l’a appris. Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N’admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur les “trois petits nègres”, il en reste un. Il doit réussir.
Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort, j’ai la conscience tellement tranquille.
Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?
Maman rappelle-toi :
“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs.” Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.
Un condamné à mort de 16 ans.
H. Fertet.
Excusez les fautes d’orthographe, pas le temps de relire.
Expéditeur :
Monsieur Henri Fertet,
Au ciel, près de Dieu.
* choisies par l'Éducation nationale.







Alors qu'il était médecin-stagiaire sur le front russe avec ses
amis A.Schmorell, W. Graf et H. Furtwängler, Hans Scholl tenait un petit carnet
où il écrivait ses impressions.
« C'est dans l'
Un

Mais, pour marquer l'événement du 200e anniversaire de la
naissance de Frédéric Chopin (jour où il fêtait son anniversaire, bien que la
date du 22 février 1810 figure sur son acte de baptême), je tiens aujourd'hui à
rendre un hommage à ce compositeur qui, avec Scriabine, a marqué mon passé
«civil».






