Une homélie remarquable de saint Jean de Changhaï, prononcée lorsqu'il était
archevêque du diocèse d'Europe occidentale de l'ÉORHF, extraite du livre Bernard Le Caro, Saint Jean de
Changhaï, Lausanne, L’Âge d’Homme, 2006, proposée ici avec l'autorisation
de l'auteur.

« Le Christ ressuscité a envoyé les apôtres prêcher
dans tous les pays. L’Église du Christ ne fut pas fondée pour un seul peuple,
pour un seul pays, mais pour le monde entier. Tous les hommes, tous les
peuples, tous les pays sont appelés à la foi du Dieu véritable.
Les apôtres ont pleinement accompli l’ordre du Christ en parcourant toutes les
nations. Simon le Zélote est allé en Angleterre ;
Jacques, fils de Zébédée, en Espagne ;
Thomas, aux Indes et, selon la Tradition, il a poursuivi
jusqu’en Chine. L’apôtre André a prêché en Russie et en Grèce.
Suivant la tradition établie, Lazare, le ressuscité après
quatre jours, fuyant devant les Juifs qui voulaient le massacrer, est arrivé
en France. Avec ses sœurs, Marthe et Marie,
il s’est installé à Marseille et a prêché en Provence.
Trophime d’Arles et d’autres disciples d’entre les
soixante-dix ont sillonné la France. Ainsi, dès les temps apostoliques, la foi orthodoxe du Christ fut prêchée en
Gaule, la France actuelle. C’est à l’Église orthodoxe qu’appartiennent saint
Martin de Tours, le grand Cassien, fondateur
de l’abbaye de Marseille où, durant de longues années, il donna l’exemple de la
vie ascétique, saint Germain de Paris et sainte
Geneviève, parmi une multitude d’autres. Voilà pourquoi la foi
orthodoxe n’est pas, pour les Français, celle d’un peuple étranger. C’est la
leur, confessée ici, en France, par leurs ancêtres depuis les temps anciens :
elle est la foi de leurs pères.
Sincèrement et chaleureusement, nous souhaitons que la foi orthodoxe, dans sa
forme propre au génie français, rétablie sur le sol de France, redevienne pour
tout son peuple la foi maternelle, comme elle l’est demeurée pour les Russes,
les Serbes, les Grecs, selon l’esprit particulier de chacun de ces
peuples.
Le propre du calendrier oriental — le pentecostaire — glorifie aujourd’hui (1),
tout comme le sanctoral occidental, le saint archange Michel, qui s’est
manifesté également, en Orient et en Occident, afin de vivifier les forces
spirituelles des hommes pour les actes héroïques, de même qu’il inspira jadis à
Jeanne d’Arc la lutte pour la liberté de la France.
Aujourd’hui, selon l’ancien calendrier, l’Église orthodoxe glorifie le saint
apôtre Marc, l’un des quatre évangélistes qui, avant de partir pour Alexandrie,
vint en Europe occidentale où il écrivit son saint Évangile — à Rome — en latin
même selon certains.
À présent, nous en avons la conviction, l’élévation politique et patriotique de
la France s’accomplit : qu’elle soit unie à son élévation spirituelle !
Que renaisse la France orthodoxe et que
la bénédiction divine soit sur elle ! »
(1) Il est fait allusion à certains tropaires du canon des matines du
dimanche du Paralytique, consacrés à l'archange Michel.