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Photo : Eglise de Venerque, Alem Alquier Une conférence–concert sur le chant byzantin aura lieu samedi 20 septembre à 17h à l'Eglise de Venerque. Présentation et interprétation par Frédéric Tavernier-Vellas. Voir également Blog de [...]

L'Association Egéo-Apmh et les éditions PSALMUS vous proposent de découvrir le nouveau CD de musique Byzantine qui paraîtra prochainement. Ce CD a été enregistré à Athènes sous la direction
artistique de Lycourgos Angelopoulos par Frédéric Tavernier-Vellas accompagné pour les isons (bourdon vocal) par trois chanteurs du Choeur Byzantin de Grèce : Alexios Giannakopoulos,
Damianos Serefoglou et Georgios Polychronakos. Nous espérons la sortie officielle du CD pour le mois de Novembre 2008.
Nous tenons à remercier l'Abbaye Cistercienne de Scourmont pour l'aide bienveillante et généreuse qu'ils ont bien voulu apporter à ce nouveau projet. Qu'ils en soient chaleureusement
remerciés.

Kyrie ekekraxa de Jacob le Protopsalte (extrait)

Que s'est-il passé à l'aube de ce jour qui allait devenir le Jour du Seigneur (Kyriaki en grec) ? Que s'est-il passé à cet instant où la pierre du sépulcre de Jésus s'est ouverte en signe
de sa Victoire sur la mort ? Quelle frayeur pour ceux qui gardaient son tombeau de crainte que les disciples ne viennent l'enlever la nuit car n'avait-il pas dit Lui-même que le troisième jour Il
ressusciterait ?
Il ne fallait surtout pas que les disciples du Christ puissent proclamer l'accomplissement de ce qu'Il avait annoncé ! Mais la terre n'a pu retenir en son sein Celui qui demeure éternellement
dans le Sein du Père. Le pouvoir concédé aux hommes sur Jésus pendant sa vie terrestre a définitivement pris fin ce matin-là.
Alors que se lève le jour, Marie la Magdaléenne et l'autre Marie viennent au tombeau. Nous savons par l'évangile de saint Luc que les saintes femmes, après avoir accompagné Joseph d'Arimathie et
Nicodème pour la mise au tombeau, s'en sont retournées pour préparer arômates et parfums. Elles ont attendu que se passe le jour du Sabbat puis le lendemain, à l'aurore, elles se rendent au
sépulcre. Elles n'étaient pas satisfaites de la manière dont s'était déroulée cette ultime liturgie... Pour elles, il fallait recommencer l'embaumement du Corps du Christ. Tout avait été trop
rapide. Les femmes ont bien souvent un sens liturgique plus affiné que les hommes ! Peut-être parce que leurs gestes liturgiques sont imprégnés, le plus souvent, par un plus grand amour.
Voici donc que lorsqu'elles arrivent, ne sachant pas encore comment elles pourraient ouvrir la pierre qui avait été scellée par les juifs, se produit soudain une sorte de séisme. Tout est
bouleversé car un ange descend du Ciel, roule la pierre et s'assoit dessus nous dit saint Matthieu. L'Apolytikion de la Résurrection du premier mode que nous chantons durant les grandes vêpres de
la Résurrection l'exprime avec exultation :
"Malgré la pierre qui avait été scellée par les Juifs et les soldats qui gardaient ton corps immaculé, ô Sauveur, Tu es ressuscité le troisième jour en donnant la vie au monde. C'est pourquoi les
puissances des cieux te crient : Source de Vie, ô Christ, gloire à ta résurrection, gloire à ton règne,gloire à ta Providence bienveillante, unique ami des hommes."
Les gardes sont saisis de crainte et s'enfuient pour dire à ceux qui les ont mandatés ce qui vient de se produire. Ceux-ci s'enfonceront encore davantage dans le mensonge. Voyez-vous,
ils connaissaient déjà la résurrection de Lazare, ils apprennent ce matin-là la résurrection de Jésus et ils ne se convertissent toujours pas ! Mais, au contraire, ils payent les gardes pour
qu'ils racontent à Jérusalem une toute autre version des faits qui se sont produits, une version falsifiée et mensongère... Ils auraient dû déchirer leurs vêtements, reconnaître qu'ils avaient
livré Jésus à Pilate par jalousie, mais ils ne peuvent revenir en arrière. Cette jalousie les domine de manière tyrannique. Ils ne peuvent pas croire et se convertir.
L'Ange s'adresse alors aux femmes : "Pour vous, ne craignez pas, je sais que vous êtes à la recherche de Jésus qui a été crucifié. Il n'est plus ici, mais Il s'est réveillé comme Il l'avait
annoncé. Venez et regardez le lieu où on l'avait déposé. Puis allez dire à ses disciples qu'Il s'est relevé d'entre les morts et qu'Il les précède en Galilée" (Mt. 28)
Saint Jean le Théologien nous fait découvrir la rencontre de Jésus et de Marie de Magdala dans le jardin près du sépulcre. Elle vient de dialoguer avec les anges, mais ceux-ci ne sont pas
parvenus à la faire sortir de l'immense douleur dans laquelle elle est plongée. Elle regarde Jésus, mais ne le reconnaît pas... Elle pense qu'il s'agit du jardinier. Ses yeux sont pleins de
larmes. Dis-moi où tu l'as mis que j'aille le prendre. Sait-elle encore ce qu'elle dit, ce qu'elle voit ? Elle a vécu cette séparation avec Jésus comme un évènement qui l'anéantit totalement. Il
faudra que Jésus l'appelle par son nom : "Marie", pour qu'elle sorte de sa torpeur et que son coeur envahi par tant de tristesse s'éveille à nouveau : "Rabbouni" lui répond-elle et dans un élan,
elle s'élance vers Lui pour le retenir et ne pas le perdre à nouveau.
La tradition icônographique orthodoxe donnera à cette scène de l'évangile une intensité très particulière : l'icône "Mi mou aptou" (ne me touche pas) est une icône merveilleuse qui exprime cette
rencontre avec Jésus ressuscité et qui nous fait comprendre comment nous devons vivre avec Jésus cette nouvelle relation sous le souffle de l'Esprit Saint, sans chercher à le retenir sensiblement
mais en vivant avec Lui ce retour au Père qu'Il accomplit pour nous. Jésus tourne le regard intérieur de Marie de Magdala vers le Père.
Mais revenons un peu sur ce mystère de la résurrection. Comprenons que le cadavre de Jésus, déposé dans le tombeau, était un cadavre divin, un cadavre immaculé. Comprenons que l'âme humaine de
Jésus était l'âme humaine du Fils de Dieu. Comprenons que la mort qui a opéré la séparation de l'âme et du corps du Sauveur a séparé une âme et un corps qui subsitaient indivisiblement dans la
Personne même du Verbe de Dieu. Le cadavre du Christ subsiste dans la Personne du Verbe, l'âme du Christ subsiste dans la Personne du Verbe ! Si le Christ vrai homme connaît la mort, celle-ci ne
peut atteindre son Hypostase divine, incorruptible. "J'ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre avait dit Jésus", seul le Logos Divin a un tel pouvoir sur la vie et sur la
mort. La Résurrection est l'oeuvre de la Très Sainte Trinité opérée par le Logos de Dieu Lui-même qui nous a enseigné, avant sa mort qu'Il est la Résurrection. Mais, la réunion du corps et de
l'âme de Jésus dans la Résurrection lui donne un nouveau mode d'existence. Jésus désormais n'est plus limité par le lieu et par le temps et s'il peut encore "manger" et si les plaies de sa
passion sont encore "visibles", il a définitivement vaincu le monde et son humanité sainte n'appartient plus à ce monde en devenir, n'est plus conditionnée par lui.
Vivre du mystère de la Résurrection est l'immense joie de l'Eglise et des Chrétiens. C'est pourquoi saint Paul disait que si le Christ n'était pas ressuscité nous serions les plus malheureux des
hommes ! La Résurrection est la cause de notre joie et du dynamisme de notre foi. Appuyés sur cette certitude nous pouvons accomplir les oeuvres de la Foi, car plus rien ne peut arrêter notre
espérance. Le monde d'aujourd'hui a besoin de retrouver cette Foi en la Résurrection.
Après la mort de Jésus, un de ses disciples, appelé Joseph d'Arimathie, demanda à Pilate l'autorisation de prendre le corps cadavérique du
Christ pour lui offrir une sépulture. La tradition byzantine a toujours mis en valeur de manière particulière ce mystère de la mise au tombeau : l'ensevelissement de Celui qui est le
Vivant, la Source de la Vie. La mort de Jésus, comme sa naissance de la Mère de Dieu ont pour nous un caractère tout aussi profondément antinomique. Le Dieu inaccessible se fait petit enfant dans
le sein d'une Vierge, le Vivant connaît la Mort ...
Nicodème et Joseph d'Arimathie viennent donc prendre le Corps du Christ et apportent avec eux un onguent constitué de myrrhe et d'aloès pour le oindre et l'envelopper avec les linges funéraires
selon la coutume du Judaïsme. Ils le déposèrent dans un sépulcre neuf, près du lieu où on l'avait crucifié. Selon l'évangile de saint Jean le Théologien, cette mise au tombeau a été réalisée en
toute hâte car on entrait déjà dans le temps de la Préparation du Grand Sabbat.
Il y a beaucoup à découvrir dans ce mystère du Sépulcre de Jésus. Nous voyons à travers le récit très sobre de l'évangile que Jésus est déposé dans ce sépulcre neuf, car il n'a pas de sépulture
propre : le Fils de l'Homme n'a pas de pierre où reposer sa tête, pas même pour cet ultime "sommeil" qui précède la Résurrection.
Le point de départ et le terme de la vie de Jésus sont tellement semblables : Il naît dans une grotte, dans la plus totale pauvreté, et repose après la crucifixion dans un sépulcre qui
n'est pas le sien. Il a traversé la vie terrestre comme un étranger.
L'hymne byzantine qui accompagne la procession de l'Epitaphios est éloquente :
"Ayant contemplé le soleil, cachant ses propres rayons et le voile du temple déchiré par la mort du Sauveur, Joseph alla trouver Pilate pour le supplier en disant : donne-moi Celui qui est
étranger depuis sa petite enfance, comme un étranger, devenu étranger. Il s'écria :"donne-moi cet étranger que ses compatriotes ont mis à mort, par haine, comme un étranger. Je suis surpris de
voir l'étrangeté de cette mort. Donne-moi cet étranger qui sait accueillir les pauvres et les étrangers. Donne-moi cet étranger que les Juifs, en le mettant à mort, ont rendu étranger au monde.
Donne-moi, pour que je le cache dans un tombeau, cet étranger qui, comme étranger, n'a pas où reposer sa tête.
Donne-moi cet étranger à qui sa Mère, le voyant mort, s'adressa en disant : O mon Fils et mon Dieu ! Mes entrailles sont emplies de douleurs et mon coeur est bouleversé en contemplant ta mort,
mais par ta résurrection, avec hardiesse, je te magnifie."
En suppliant Pilate, le noble Joseph reçoit par ces paroles le Corps du Sauveur. Puis, avec crainte, l'ayant enveloppé dans un linceul avec de la myrrhe, il déposa dans un tombeau Celui qui
accorde à tous la vie éternelle et la grande miséricorde"
Ce chant est un merveilleux commentaire poétique et mystique de l'affirmation de saint Jean le Théologien au commencement de son évangile : "Il était dans le monde et par Lui le monde
existait et le monde ne l'a pas connu. Il est venu dans sa propre famille, chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu". N'est-ce pas terriblement étrange de voir de la part des
siens cette ignorance affectée parce qu'ils n'ont pas voulu ou osé le reconnaître ? Nous comprenons l'importance considérable que la tradition byzantine accorde à ce mystère de la mise au
tombeau de Jésus. Elle met en évidence ce mystère d'étrangeté de l'ensemble de la race humaine par rapport à Celui qui est la Source de son existence, de son mouvement, de sa vie. Voilà la
terrible conséquence du péché. Nous devenons étrangers à Dieu et lui-même devient un étranger pour nous.
Toutefois cette mise au tombeau est également le "signe de Jonas" donné aux hommes afin qu'ils croient en Jésus et parviennent ainsi à
revenir dans l'intimité du Père à travers Lui. Comme Jonas face aux gens de Ninive, Jésus s'adresse à une génération enlisée dans le péché, une génération menacée de périr dans et de son propre
péché si elle ne se convertit pas. Jésus n'avait-il pas dit à la foule : "Cette génération est une génération mauvaise qui réclame un signe ; il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui de
Jonas. Comme Jonas a été un signe pour ceux de Ninive,de même le Fils de l'homme en sera un pour cet âge-ci." (Lc 11, 29-32)
La mise au tombeau qui s'achève dans le mystère de la résurrection à l'aube du troisième jour est le grand signe donné à cette génération, c'est à dire à toutes les générations qui se succèdent
sur la terre jusqu'au retour de Jésus en Gloire. Jonas a été enfoui dans le ventre de la baleine puis rejeté sur la côte car celle-ci ne pouvait le garder vivant à l'intérieur d'elle-même... de
même la terre ne pourra conserver le Vivant à l'intérieur d'elle-même à partir du moment précis où Celui-ci va arracher sa vie à la mort selon le commandement du Père.
Un autre aspect de ce temps de Jésus passé dans le silence de la mort corporelle est sa descente au enfers. Il y a dans la tradition byzantine cette merveilleuse icône du Christ qui tire littéralement Adam et Eve par les mains hors du lieu où ils étaient enfermés et Il les arrache au pouvoir de Satan. N'y-a-til pas dans ce mystère du Sépulcre déjà la victoire du Christ sur la Mort ? Ne chantons-nous pas sans cesse : "Par sa mort, il a vaincu la mort" ? Notre foi n'est-elle pas tout entière édifiée sur cette Victoire ? Le Christ a vaincu le monde, le monde des ténèbres, le monde qui est dominé par l'emprise de la mort. Si la mort, pour les humains, a été la conséquence la plus tragique du péché d'origine. La mise au tombeau du Christ est l'anéantissement du pouvoir de la mort, l'abolition des murailles qui nous interdisaient l'entrée dans la vie divine. Le Christ , par sa mort et sa résurrection, a anéanti tous les obstacles à notre vie divine.