Il nous faut entrer maintenant dans ce regard de contemplation, ce regard de compassion de la Mère de Dieu, posé sur
la blessure du Coeur de l'Agneau. Nous avons donné un enseignement sur Le mystère de l'Agneau dans un précédent article
(17/04/2006). Ceux qui le souhaitent peuvent également aller le consulter en cliquant sur le lien.
Entrons aujourd'hui dans ce mystère de l'Agneau immolé, une nouvelle fois, à la suite de saint Jean le
Théologien. Saint Jean nous rapporte qu'après avoir scellé cette alliance du disciple bien-aimé et de sa Mère, Jésus dans une clameur s'est écrié : "J'ai soif !"
Cette soif de Jésus provient de la fournaise ardente de l'Amour divin, de la plénitude de l'Esprit-Saint, qui habite son âme humaine : son amour infini pour
le Père, son amour infini pour tous les hommes. Cette soif est un abîme, un mystère insondable, un désir infini qui jaillit du coeur du Christ.
Nous voudrions comprendre cette soif, entendre au plus intime de nous-mêmes ce cri de soif de Jésus et qu'il déchire enfin nos coeurs trop durs, trop lents à croire...
Quelle est cette soif du Christ ? De quoi, en cet instant où il va connaître la mort corporelle, Jésus a-t-il soif ? Il nous l'a dit : " Un feu, Je suis venu pour jeter un feu sur la terre et
quelle est mon impatience qu'il soit embrasé ! Un baptême, je suis venu pour recevoir un baptême et combien je suis oppressé d'attendre son accomplissement !" (Lc, 12, 49-50)
Voici que le baptême s'accomplit, voici que le feu va être déversé sur la toute la terre ! Ce cri exprime l'ultime soif, l'ultime attente, l'ultime appel de Jésus et sa dernière prière réduite à
un cri, une prière "monologique" diraient les Pères.
Ceux qui sont autour de Lui ne comprennent évidemment pas le sens de ce cri. Nous-mêmes sommes nous capables de l'entendre dans toute sa profondeur, dans son intensité prodigieuse ? Nous savons
bien que nous ne le pouvons pas. Nous sommes plutôt comme les gardes, ces gardes qui sont là, nous dit saint Jean, et qui entourent une hysope, une branche de
cet arbuste, d'une éponge qu'ils trempent dans un peu de vinaigre pour humecter les lèvres de Jésus. Ils n'ont pas compris le cri de soif, ils l'ont réduit à
une simple soif humaine. Ils n'ont entendu ce cri que dans un sens physique : Jésus a tant souffert, ses lèvres sont sèches. Il voudront le soulager un peu avec ce fiel... Jésus ne dédaigne pas
ce geste des gardes malgré le décalage invraisemblable entre son cri et cette réponse humaine, trop humaine...
Ce cri de soif exprime la jalousie d'amour du Père pour nous. Dieu nous aime d'un amour jaloux. Il veut qu'aucun d'entre nous ne se perde. Il a soif de notre
amour. Dans cette soif s'exprime le don du Feu de l'Esprit-Saint qui met toutes les créatures en mouvement vers le Père ! Le baptême de feu que Jésus est venu recevoir et apporter sur la terre.
Aristote disait déjà, en parlant de l'Être premier qu'il attire à Lui toutes choses, à la manière du désirable et de l'intelligible. C'est à dire en attirant à Lui, en étant cause finale. Or la
cause finale pour Aristote ce n'est pas un concept, une abstraction. C'est bien réel et dans le cas de l'Être premier c'est Celui qui dans son être est le Bien. "Dieu seul est Bon" dira
Jésus. Dieu est cause du mouvement de tous les êtres et particulièrement des créatures intelligentes en les attirant à Lui par sa Bonté infinie et cette attraction du Père passe par le Fils
vers Lequel nous emporte l'Esprit-Saint.
Après avoir pris ce vinaigre, Jésus livre son esprit en inclinant la tête dans un ultime acte d'adoration pour le Père et dit "Tout est accompli".
Mais ce jour de la crucifixion du Sauveur était le jour de la Préparation du grand Sabbat. Il ne fallait pas que les condamnés restent suspendus au bois en ce jour saint... Les juifs demandèrent
à Pilate que les jambes des condamnés soient brisées pour hâter leur mort. Pilate accepte et les soldats brisent les jambes du premier, puis de l'autre larron qui
avaient été mis en croix en même temps que Jésus.
Un soldat, s'approchant de Jésus, voit que Celui-ci est déjà mort. Il ne sait plus que faire. L'ordre qu'il a reçu est de hâter la mort des crucifiés et Jésus est déjà mort ! Il aura
alors ce geste gratuit, absurde, d'envoyer sa lance sur Jésus et de transpercer son coeur. Pour cette ultime blessure, Jésus est déjà mort. Les Pères soulignent que c'est la seule blessure
mortelle que Jésus a reçue. C'est une blessure substantielle. Cette mort devancée de Jésus nous alerte. Pourquoi Jésus dont la constitution physique n'était certes pas plus faible que celle
des larrons serait-il mort avant eux ?
Le théologien catholique Marie-Dominique Philippe soulignait dans ses commentaires de l'Evangile de saint Jean que Jésus a devancé l'heure de sa mort. Il a offert sa vie et n'est pas mort des
conséquences de ses blessures. Certains théologiens s'étonnaient de cette affirmation. Il est vrai que ce n'est pas dit explicitement dans le texte de Jean. Mais un texte doit se lire avec
intelligence et en suppliant l'Esprit-Saint de nous faire comprendre ! Or, Jésus n'a-t-il pas dit : "Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne" ou encore : "C'est pour cela que le Père m'aime parce que je donne ma vie pour la prendre à nouveau. Personne ne me l'enlève, mais moi je la donne de moi-même. J'ai pouvoir de la donner et
pouvoir de la prendre de nouveau : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père" (Jn 10, 17618)
Mais aujourd'hui, où des exégètes occidentaux remettent en cause la naissance miraculeuse du Christ ou encore la virginité de la Mère de Dieu, peut-on s'étonner que beaucoup ne comprennent
pas que la mort du Christ n'est pas une mort ordinaire ? Du reste, lorsque Jésus a prononcé ces paroles, la division s'est introduite parmi les juifs qui l'écoutaient. Les uns dirent : "Il a un
démon", d'autres "mais non, ces paroles ne sont pas d'un homme démoniaque, un démon peut-il rendre la vue à un aveugle de naissance !" Ils étaient divisés.
Revenons à ce coup de lance du soldat. Il ouvre une blessure mortelle dans le coeur de Jésus et de cette blessure, de cette béance, jaillissent du sang et de l'eau. Jean, qui était présent au
pied de la Croix, nous dira également dans sa première épître qu'Ils sont trois à rendre ce témoignage : l'Esprit, l'eau et le sang. De cette blessure, que seule Marie peut désormais offrir au
Père, jaillissent l'eau et le sang. Et l'Esprit Saint en témoigne. Il y a là pour nous une réalité toute divine qui s'offre à notre contemplation. De ce coeur transpercé jaillissent les eaux
de la vie. L'eau est l'élément indispensable à l'éclosion de la vie. S'il n'y a pas d'eau, ou si l'eau devient tellement polluée, c'est la fin de la vie. Du coeur de Jésus jaillissent des fleuves
d'eau vive ! Rappelez-vous le dialogue de Jésus et de la Samaritaine ! Et puis il y a le sang, le sang de la Nouvelle Alliance, le Vin nouveau. Lorsque le coeur de Jésus est transpercé par la
lance, l'Esprit-Saint est donné à Marie et à Jean.