Après le départ de Judas Iscariote, Jésus se rend au Mont des Oliviers pour prier. C'est un lieu que Jésus
avait l'habitude de fréquenter pour se livrer à la prière. Jésus est accompagné par ses disciples. Pensez à la journée qu'ils viennent de vivre avec Jésus ; pensez à ce que saint Jean le
Théologien porte dans son coeur à ce moment-là, lui qui a été le témoin privilégié de la trahison de Judas.
Les disciples ne sont pas seulement fatigués, ils sont troublés dans leur coeur et la tristesse les envahit. Ils sentent que la gravité de Jésus, l'annonce de la trahison, sont pour des
évènements imminents.
Pierre lui-même, avant de partir s'est muni d'un glaive. Il semble même qu'un autre disciple ait pris une arme car les disciples, avant de partir, disent à Jésus : "Seigneur, voici, là, deux
épées". Et Jésus, qui sait qu'ils n'ont pas encore compris la nature du combat qui se prépare, ne les rabroue pas. Il leur dit simplement : "cela suffira".
Toutefois, arrivé au Mont des Oliviers, il les met en garde. Priez, afin de ne pas entrer en tentation. Le démon rôde autour de la petite communauté des apôtres car il veut profiter de leur
fragilité, de leur fatigue, de leur grande tristesse pour les faire chuter. Pensez également que c'est ainsi que s'achève le premier repas d'action de grâce, la première eucharistie ! Comme nous
sommes loin de l'idée que nous nous faisons d'un repas de fête habituel !
Jésus donc s'éloigne "d'un jet de pierre" nous précise l'évangile de saint Luc et se prosternant devant le Père, Il commence une prière singulière. Cette prière est l'écho de la prière
sacerdotale que nous a transmise saint Jean le Théologien dans son évangile mais sous la forme d'une prière du coeur, une prière simplifiée à l'extrême.
Lorsque la pression de la lutte est à son comble la prière se simplifie d'elle-même. Lorsque le combat et le danger sont imminents, il ne reste que le "Seigneur aie-pitié". Jésus s'adresse au
Père en cet instant en se remettant totalement entre ses mains. Jésus adore le Père et s'abandonne pleinement à sa volonté mystérieuse : "Père, si telle est ta volonté, éloigne de moi cette
coupe, cependant non pas ma volonté, mais la tienne".
Jésus est seul, seul en face du Père, seul en face de la Sagesse éternelle du Père. Pourtant saint Luc nous précise qu'un ange lui est envoyé pour le réconforter. Le nom de cet ange ne nous est
pas donné. Qui pourrait mieux que Marie, la Mère de Dieu, réconforter son coeur ? Est-ce la présence de Marie, sa Mère, qui lui est donnée à cet instant de manière mystérieuse ? Nous ne le
saurons qu'au Ciel, mais rien n'est impossible à Dieu.
Jésus donc entre en agonie. Quel mystère ! Un agonisant est normalement un homme malade, proche de la mort, qui n'a plus qu'un léger souffle de vie... L'agonie de Jésus est celle d'un homme en
parfaite santé, en pleine force de l'âge, un homme en qui la psychologie humaine n'entrave en rien l'exercice parfait de l'intelligence et de la volonté. C'est l'agonie de celui qui possède en
plénitude l'Esprit-Saint.
Il faut écarter de notre imagination toute pensée psychologique ou doloriste. Jésus ne s'est jamais replié sur lui-même, sur sa propre souffrance.
Jésus vit une existence humano-divine qui ne peut être entravée par des conditionnements psychologiques comme cela nous arrive à nous, trop souvent, hélas.
Jésus entre en agonie et sa sueur se transforme en caillots de sang qui s'écoulent vers la terre. Jésus prie de plus en plus intensément. Quelle est la signification de cette sueur répandue sur
la terre sous la forme de caillots de sang ? Quelques heures auparavant, Jésus ne vient-il pas de dire en bénissant la coupe : ceci est la nouvelle alliance en mon sang répandu pour vous ?
Le mystère de l'Agonie de Jésus anticipe le mystère de la Croix dans le face à face solitaire de Jésus et du Père. Il manifeste le caractère divin de cette offrande du sang de Jésus pour une
nouvelle alliance avec la Terre, avec les hommes, avec son peuple, avec toute l'humanité.
Sur la Croix, le Sang de Jésus sera versé en conséquence des violences qu'Il va subir de la part des autres hommes (le fouet, les clous, la couronne d'épines, le coup de lance...) ici, le
sang provient d'un Sacrifice totalement intériorisé, d'une offrande réalisée dans le silence de l'adoration et de la prière du coeur.
Jésus se relève et va vers les disciples qui se sont endormis.
La tristesse, lorsqu'elle accable le coeur, étouffe notre vitalité. Les disciples n'en peuvent plus et se réfugient dans le sommeil pour y trouver un peu de repos, un peu de paix. Ce sera de
courte durée. Judas pénètre dans le jardin des Oliviers et par un baiser désigne Jésus aux serviteurs du grand prêtre, venus armés pour l'emmener de force. Jésus se laissera prendre, tout en leur
montrant qu'Il les suit de son plein gré. Voulant le saisir ils tomberont à la renverse comme nous le rapporte saint Jean le Théologien dans son récit de l'arrestation de Jésus.
Ainsi, de plein gré Jésus entre dans les Saintes Passions et il sera emmené tout d'abord chez Hanne, le beau-père de Caïphe, puis chez Caïphe et enfin chez Pilate pour y être condamné à la
crucifixion.