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Publié: 28 juillet 2008, 10:10am PDT
En toi, ô pleine de grâce, se réjouissent la création tout entière, les hiérarchies angéliques et la race humaine. Ô temple sanctifié, ô
jardin spirituel, ô gloire virginale, en toi Dieu a pris chair, en toi il est devenu petit enfant, Lui, notre Dieu d'avant les siècles. De tes entrailles, il a fait un trône. Il l'a rendu plus
vaste que les cieux. Ô comblée de grâce, en toi, toute la création tressaille d'allégresse.
Voici le doxastikon à la Vierge de la Liturgie de saint Basile (qui est chanté à la place de l'Axion estin). Il s'agit également d'un enregistrement amateur réalisé
avec la tenue de l'ison par mes stagiaires... Il a été composé par Maximos Fahmé et figure également (interprété par lui-même) dans son anthologie : "Hymnes Byzantines d'Orient".
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Publié: 28 juillet 2008, 9:23am PDT
Dans le cadre du Festival de Conques (12 320) l'ensemble Organum de Marcel Pérès donnera un concert de chant
Vieux-Romain (liturgie ancienne de l'Eglise de Rome) en l'Abbatiale de Conques, ce mardi 29 juillet 2008 à 21 heures :
"Chant Vieux-Romain - les quatre messes de la nativité"
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Publié: 27 juillet 2008, 7:37am PDT
L'Ange du Seigneur dit à la Vierge comblée de grâce : Vierge sainte réjouis-toi, réjouis-toi et ne pleure plus. Ton Fils est
ressuscité du tombeau le troisième jour !
Illumine-toi, illumine-toi Nouvelle Jérusalem, car la gloire du Seigneur a resplendi sur toi. Exulte, danse dans l'allégresse, Fille de Sion ; réjouis-toi, Mère de Dieu, en ce jour de la
résurrection de ton Fils.
Voici l'hirmos de Pâques : Innal malaka (O Anguelos evoa, en grec) chanté par moi-même en arabe. L'enregistrement a été réalisé avec la tenue
de l'Ison (bourdon vocal) par mes stagiaires à Moissac. C'est un enregistrement amateur.
La composition musicale est l'oeuvre de Maximos Fahmé. Cette pièce figure, enregistrée par lui-même, dans l'Anthologie qui vient de sortir aux éditions Psalmus : Hymnes Byzantines
d'Orient.
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Publié: 26 juillet 2008, 3:17pm PDT
Il nous faut entrer maintenant dans ce regard de contemplation, ce regard de compassion de la Mère de Dieu, posé sur
la blessure du Coeur de l'Agneau. Nous avons donné un enseignement sur Le mystère de l'Agneau dans un précédent article
(17/04/2006). Ceux qui le souhaitent peuvent également aller le consulter en cliquant sur le lien.
Entrons aujourd'hui dans ce mystère de l'Agneau immolé, une nouvelle fois, à la suite de saint Jean le
Théologien. Saint Jean nous rapporte qu'après avoir scellé cette alliance du disciple bien-aimé et de sa Mère, Jésus dans une clameur s'est écrié : "J'ai soif !"
Cette soif de Jésus provient de la fournaise ardente de l'Amour divin, de la plénitude de l'Esprit-Saint, qui habite son âme humaine : son amour infini pour
le Père, son amour infini pour tous les hommes. Cette soif est un abîme, un mystère insondable, un désir infini qui jaillit du coeur du Christ.
Nous voudrions comprendre cette soif, entendre au plus intime de nous-mêmes ce cri de soif de Jésus et qu'il déchire enfin nos coeurs trop durs, trop lents à croire...
Quelle est cette soif du Christ ? De quoi, en cet instant où il va connaître la mort corporelle, Jésus a-t-il soif ? Il nous l'a dit : " Un feu, Je suis venu pour jeter un feu sur la terre et
quelle est mon impatience qu'il soit embrasé ! Un baptême, je suis venu pour recevoir un baptême et combien je suis oppressé d'attendre son accomplissement !" (Lc, 12, 49-50)
Voici que le baptême s'accomplit, voici que le feu va être déversé sur la toute la terre ! Ce cri exprime l'ultime soif, l'ultime attente, l'ultime appel de Jésus et sa dernière prière réduite à
un cri, une prière "monologique" diraient les Pères.
Ceux qui sont autour de Lui ne comprennent évidemment pas le sens de ce cri. Nous-mêmes sommes nous capables de l'entendre dans toute sa profondeur, dans son intensité prodigieuse ? Nous savons
bien que nous ne le pouvons pas. Nous sommes plutôt comme les gardes, ces gardes qui sont là, nous dit saint Jean, et qui entourent une hysope, une branche de
cet arbuste, d'une éponge qu'ils trempent dans un peu de vinaigre pour humecter les lèvres de Jésus. Ils n'ont pas compris le cri de soif, ils l'ont réduit à
une simple soif humaine. Ils n'ont entendu ce cri que dans un sens physique : Jésus a tant souffert, ses lèvres sont sèches. Il voudront le soulager un peu avec ce fiel... Jésus ne dédaigne pas
ce geste des gardes malgré le décalage invraisemblable entre son cri et cette réponse humaine, trop humaine...
Ce cri de soif exprime la jalousie d'amour du Père pour nous. Dieu nous aime d'un amour jaloux. Il veut qu'aucun d'entre nous ne se perde. Il a soif de notre
amour. Dans cette soif s'exprime le don du Feu de l'Esprit-Saint qui met toutes les créatures en mouvement vers le Père ! Le baptême de feu que Jésus est venu recevoir et apporter sur la terre.
Aristote disait déjà, en parlant de l'Être premier qu'il attire à Lui toutes choses, à la manière du désirable et de l'intelligible. C'est à dire en attirant à Lui, en étant cause finale. Or la
cause finale pour Aristote ce n'est pas un concept, une abstraction. C'est bien réel et dans le cas de l'Être premier c'est Celui qui dans son être est le Bien. "Dieu seul est Bon" dira
Jésus. Dieu est cause du mouvement de tous les êtres et particulièrement des créatures intelligentes en les attirant à Lui par sa Bonté infinie et cette attraction du Père passe par le Fils
vers Lequel nous emporte l'Esprit-Saint.
Après avoir pris ce vinaigre, Jésus livre son esprit en inclinant la tête dans un ultime acte d'adoration pour le Père et dit "Tout est accompli".
Mais ce jour de la crucifixion du Sauveur était le jour de la Préparation du grand Sabbat. Il ne fallait pas que les condamnés restent suspendus au bois en ce jour saint... Les juifs demandèrent
à Pilate que les jambes des condamnés soient brisées pour hâter leur mort. Pilate accepte et les soldats brisent les jambes du premier, puis de l'autre larron qui
avaient été mis en croix en même temps que Jésus.
Un soldat, s'approchant de Jésus, voit que Celui-ci est déjà mort. Il ne sait plus que faire. L'ordre qu'il a reçu est de hâter la mort des crucifiés et Jésus est déjà mort ! Il aura
alors ce geste gratuit, absurde, d'envoyer sa lance sur Jésus et de transpercer son coeur. Pour cette ultime blessure, Jésus est déjà mort. Les Pères soulignent que c'est la seule blessure
mortelle que Jésus a reçue. C'est une blessure substantielle. Cette mort devancée de Jésus nous alerte. Pourquoi Jésus dont la constitution physique n'était certes pas plus faible que celle
des larrons serait-il mort avant eux ?
Le théologien catholique Marie-Dominique Philippe soulignait dans ses commentaires de l'Evangile de saint Jean que Jésus a devancé l'heure de sa mort. Il a offert sa vie et n'est pas mort des
conséquences de ses blessures. Certains théologiens s'étonnaient de cette affirmation. Il est vrai que ce n'est pas dit explicitement dans le texte de Jean. Mais un texte doit se lire avec
intelligence et en suppliant l'Esprit-Saint de nous faire comprendre ! Or, Jésus n'a-t-il pas dit : "Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne" ou encore : "C'est pour cela que le Père m'aime parce que je donne ma vie pour la prendre à nouveau. Personne ne me l'enlève, mais moi je la donne de moi-même. J'ai pouvoir de la donner et
pouvoir de la prendre de nouveau : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père" (Jn 10, 17618)
Mais aujourd'hui, où des exégètes occidentaux remettent en cause la naissance miraculeuse du Christ ou encore la virginité de la Mère de Dieu, peut-on s'étonner que beaucoup ne comprennent
pas que la mort du Christ n'est pas une mort ordinaire ? Du reste, lorsque Jésus a prononcé ces paroles, la division s'est introduite parmi les juifs qui l'écoutaient. Les uns dirent : "Il a un
démon", d'autres "mais non, ces paroles ne sont pas d'un homme démoniaque, un démon peut-il rendre la vue à un aveugle de naissance !" Ils étaient divisés.
Revenons à ce coup de lance du soldat. Il ouvre une blessure mortelle dans le coeur de Jésus et de cette blessure, de cette béance, jaillissent du sang et de l'eau. Jean, qui était présent au
pied de la Croix, nous dira également dans sa première épître qu'Ils sont trois à rendre ce témoignage : l'Esprit, l'eau et le sang. De cette blessure, que seule Marie peut désormais offrir au
Père, jaillissent l'eau et le sang. Et l'Esprit Saint en témoigne. Il y a là pour nous une réalité toute divine qui s'offre à notre contemplation. De ce coeur transpercé jaillissent les eaux
de la vie. L'eau est l'élément indispensable à l'éclosion de la vie. S'il n'y a pas d'eau, ou si l'eau devient tellement polluée, c'est la fin de la vie. Du coeur de Jésus jaillissent des fleuves
d'eau vive ! Rappelez-vous le dialogue de Jésus et de la Samaritaine ! Et puis il y a le sang, le sang de la Nouvelle Alliance, le Vin nouveau. Lorsque le coeur de Jésus est transpercé par la
lance, l'Esprit-Saint est donné à Marie et à Jean.
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Publié: 24 juillet 2008, 7:23am PDT
"Au pied de la Croix de Jésus se tenaient sa Mère, la soeur de sa Mère, Marie femme de Cléophas et Marie Madeleine.
Jésus voyant sa Mère et auprès d'elle le disciple qu'Il aimait dit à sa Mère "Femme, voici ton fils" ; puis Il dit au disciple "voici ta Mère" et à partir de cette heure-là, le disciple la
prit chez lui" (Jn.19, 25-27)
La tradition Orthodoxe a conservé avec ferveur le culte des icônes et, parmi elles, l'icône de l'Hospitalité d'Abraham, appelée
également icône de la Trinité, tient une place privilégiée. La plus belle de ces icônes de la Trinité a été peinte par le moine Andreï Roublev, une pure contemplation de l'Unité dans la
Trinité, de la Trinité dans l'Unité.
Toutefois c'est une autre icône de la Trinité que nous contemplerons aujourd'hui dans la suite de notre méditation théologique du mystère de la Croix : l'icône de la Trinité qui nous
est donnée en Jésus crucifié, sa Mère (la Théotokos) et son disciple bien-aimé, saint Jean le Théologien.
Saint Jean, présent au pied de la Croix, se tient auprès de Marie. Tous deux sont tournés vers Jésus qui les regarde et les donne l'un à l'autre en cette Heure où tout le sacrifice est
consommé : "Femme, voici ton fils", puis à Jean : "voici ta Mère".
Comprenons bien qu'en cet instant s'accomplit de manière ineffable la parole de Jésus : "Qui me voit, voit le Père." Nous pourrions croire que Jésus, qui quitte la terre, ne veut pas laisser
Marie seule, ou encore qu'il veut protéger son disciple en le confiant à sa Mère... C'est un aspect qui est certes présent dans l'intention de Jésus mais qui demande d'être radicalement dépassé
pour comprendre ce qui se réalise divinement, à ce moment, pour Marie, pour Jean et pour toute l'Eglise...
Jésus, à la Croix, est la Source de la Vie. Il est Celui qui, en donnant sa vie pour nous, nous donne la Vie, la Vie éternelle. Celui qui donne la vie, celui qui engendre, est père.
Le Père céleste donne à Jésus d'être réellement père pour nous à la Croix. S'il est vrai, comme je l'ai entendu dire parfois, que le Père a tout donné à son Fils unique sauf d'être le Père,
c'est-à-dire le Principe sans-principe dans la Très Sainte Trinité, le Père a donné à son Fils tout ce qui était communicable de cette paternité. A la Croix, Jésus crucifié est véritablement
l'icône du Père et Il exprime réellement le don éternel que le Père fait de Lui-même à son Fils dans le mystère de la Sainte Trinité.
Comme le Père s'est totalement donné en son Fils dans la Génération éternelle du Logos, le Fils s'est totalement donné au Père, à Marie, à Jean et, à travers eux, à tous les hommes dans le
Sacrifice unique de la Croix.
La fécondité divine de ce don d'Amour divin, don de toute sa Personne humano-divine, est d'être Source de Vie éternelle pour tous ceux qui élèvent leur regard vers Lui : "Quand Je serai
élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à Moi".
En attirant tous les hommes à Lui, Jésus les unit mystiquement à son propre mystère, à sa propre Personne, et les prend en Lui de telle sorte que tous ne font plus qu'un dans son mystère de
Fils bien-aimé du Père.
"Le Père et Moi nous sommes Un" a dit Jésus. L'unité qui se réalise divinement entre Jésus, Marie et Jean est une unité de Vie et une unité de Vie divine. Ils constituent un seul Corps mystique,
une Personne mystique, Marie et Jean ne vivant plus que par Jésus.
Regardons maintenant Celle qui est au pied de la Croix. La Théotokos n'a jamais été aussi Mère qu'en cet instant où Elle offre son enfant bien-aimé au Père. Marie vit le mystère de la passion,
avec Jésus, dans une intériorité toute divine, toute d'Amour. Elle meurt avec Lui mystiquement.
Tout ce que Jésus vit, Marie le vit également, sous un autre mode, en ce mystère de Compassion. Elle le vit sous le souffle de l'Esprit-Saint. De telle sorte que c'est en cet instant que nous
découvrons de manière unique le mystère de la Compassion de la Mère de Dieu.
Marie est au pied de la Croix, plus que jamais, l'icône créée de l'Esprit-Saint qui est le Souffle Incréé du Père. En sa présence aimante, silencieuse, adorante et en sa mort dans
son coeur de Mère, Elle nous révèle l'unité ineffable de l'Esprit-Saint et de Jésus dans ce Sacrifice éternel de la Croix.
Croyez-vous que l'on puisse contempler le mystère de la Croix en séparant Jésus de l'Esprit-Saint ? Bien sûr, nous ne le pouvons pas. L'Esprit-Saint est là, un avec Jésus dans les Saintes
Passions, un avec Lui dans sa mort glorieuse. L'Esprit-Saint est présent, agissant dans le coeur de Jésus, offrant Jésus au Père. L'Esprit-Saint se donne totalement avec Jésus, se donne
totalement dans le don même de Jésus. Nous découvrons ce mystère de l'Esprit-Saint à travers la Mère de Dieu, à travers le mystère de la Compassion de Marie.
C'est à Marie que Jésus, comme père, va donner Jean : "Femme, voici ton fils". Il faut souligner la
manière dont Jésus s'adresse à Marie. Il l'appelle "Femme". Cela s'était déjà produit à Cana. A la Croix, Marie est pour Jésus "la Femme". Celle qui est intimement associée à son Sacrifice. Les
commentateurs se sont souvent cassé les dents sur la phrase que Jésus adresse à Marie à Cana : "Qu'y-a-t-il à toi et à moi, Femme, mon heure n'est pas encore venue" C'est à la Croix que
Marie est "la Femme" et qu'elle fait oeuvre commune avec Jésus dans l'offrande du Sacrifice. C'est à la Croix qu'il y a quelque chose de divin, d'unique, qui appartient à Jésus et à Marie. C'est
à la Croix que Marie est l'icône visible de l'Esprit-Saint qui opère le Sacrifice avec Jésus, l'Esprit-Saint qui complète le Sacrifice de Jésus en offrant au Père le cadavre de Jésus. Et
Marie, nous le verrons dans notre prochain article offre au Père le cadavre de Jésus.
Jean est l'icône du Fils bien-aimé, de l'enfant qui reçoit tout du père, de l'enfant parfaitement fidèle. Jean a toujours regardé Jésus comme un père, un père dont on est avide de recevoir
les trésors de sagesse, les trésors de lumière et d'amour. Aucun disciple n'a été si attentif à toutes les paroles de Jésus, aucun n'a été plus attentif à tous les gestes de Jésus. Aucun n'a reçu
avec une telle intensité l'héritage que Jésus nous a donné. Jean, le disciple vierge, est l'icône du Fils de Dieu qui a tout reçu de son Père.
Jésus va donc réaliser une unité toute nouvelle entre Jean et Marie. Cette unité qui est l'image de l'unité du Fils et de l'Esprit-Saint. Marie va désormais habiter
chez Jean et Jean vivra dans cette unité d'amour avec la Mère de Jésus. Marie va vivre en Jean et Jean vivra en Marie. En donnant Marie à Jean, Jésus offre à Jean celle qui est l'icône de
l'Esprit. Comme le Père a donné à son Fils son Esprit, son Souffle divin, qui repose en Lui.
Dans notre prochain article nous achèverons notre regard sur le mystère de la Croix par le Coup de lance et la blessure du Coeur du Christ...
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Publié: 24 juillet 2008, 9:06am PDT
Dans les chapitres trois et quatre de son Traité d'éthique, Maïmonide expose le fruit, dans l'activité humaine, de
l'acquisition des vices et des vertus. On juge un arbre à ses fruits, on découvre la qualité et la santé de l'âme aux actions qu'elle accomplit. Ainsi la sagesse des anciens, reprise à son
compte par Maïmonide, affirme que la santé de l'âme se mesure au fait qu'elle accomplit toujours et avec facilité des actions bonnes, des actes héroïques parfois, des actions nobles. Inversement,
la maladie de l'âme se manifeste dans le fait qu'elle accomplit des actions mauvaises, des forfaits et qu'elle n'est jamais ou rarement source de belles actions.
Comme le corps peut être atteint de maladie, l'âme peut également être viciée, malade. Ses
dispositions et celles de ses parties peuvent ne produire qu'un agir mauvais : l'arbre est alors stérile en bonnes actions. Il n'est plus fécond. Mais si l'homme agit de cette manière, c'est
toujours en étant à la recherche de quelque bien. Maïmonide utilisera une analogie avec les maladies du corps (Il ne faut pas oublier que Maïmonide vivra de la médecine !) : comme le goût
peut se pervertir et provoquer chez le malade une appréciation faussée de la saveur des aliments, l'âme peut apprécier des actions qui pour l'homme sain d'esprit sont tout-à-fait
détestables. L'homme méchant, à cause de son goût perverti, s'imagine que des maux sont des biens et inversement.
Je ne sais pas ce que dirait Maïmonide aujourd'hui, tant la confusion est généralisée dans nos sociétés. Nous avons construit une éthique moderne dans un parfait oubli de la finalité humaine. Cet
oubli de la finalité provient, dans sa version théorique et systématique, de la pensée d'Emmanuel Kant (héritier, avec Descartes, de la décadence de la théologie scolastique).
Kant a réduit, de manière terrible et durable, l'horizon de la vie intellectuelle en proclamant la mort de la philosophie première et le primat de la critique de la connaissance. Kant a enfermé
des générations de penseurs dans le conditionnement de la vie intellectuelle, la raison, et fermé pour longtemps l'accès des intelligences à ce qui les nourrit et les fait respirer : la
connaissance de ce qui est.
Dans nos sociétés, après l'avènement de la puissante idéologie de Nietzsche, nous voulons nous situer au-delà de la distinction du bien et du mal. Ces termes appauvris, pour ne pas dire
vidés de leur sens, ont perdu leur enracinement premier, métaphysique, dans la bonté même des réalités existantes.
Nous avons oublié que le bien existe premièrement dans les réalités existantes : une bonne pomme, une bonne vache à lait, un bon vin, un bon chien de garde et surtout dans les personnes
humaines, un bon ami, de bons parents, un bon professeur etc. Nous avons oublié que le bien c'est : ce qui est face à notre capacité d'aimer, face à notre volonté. Le bien c'est ce que
tous désirent, disait le vieux sage grec Aristote. Cela reste d'actualité !
Nietzsche, quant-à-lui, a absorbé la philosophie première dans une idéologie de l'art en transformant le jugement porté sur ce qui est en un jugement esthétique, un jugement de
valeur dont le créateur, l'artiste, est la seule mesure.
La véritable grandeur, pour lui, est dans l'auto-dépassement de l'homme (jugé trop misérable à ses yeux) par le point de vue de la forme, l'exaltation de l'homme comme créateur de nouvelles
formes, comme créateur d'un nouvel homme "le sur-homme".
Notre culture est profondément marquée par cette idéologie de Nietzsche (dont je ne conteste pas la grandeur) au-delà même de ce que les hommes sont capables de reconnaître ! Nous ne sommes pas
pleinement lucides sur l'emprise des idéologies sur nos vies, sur la transformation de nos modes de vie, sur nos jugements de valeur et sur notre athéisme pratique... Nous vivons bien souvent
comme des païens et la sagesse ne transforme plus suffisamment nos activités, notre agir.
Le méchant désire des fins qui, en réalité, sont des maux dira Maïmonide à la suite de Farabi. Si l'âme humaine est malade, elle doit trouver la médecine qui lui convient et qui sera capable
de rétablir en elle la santé. Cette médecine est l'art de corriger les caractères de l'âme. Cette médecine, vous l'avez compris, s'apparente à l'éducation.
Parlons un peu de ces caractères de l'âme humaine. Le terme grec èthos, à partir duquel a été formé le mot éthique signifie précisément caractère. On parle de l'èthos également
dans la musique. Cela signifie le caractère d'une musique, de son mode musical, de son rythme, de son style etc. Ce caractère est un fruit et non un donné inné. L'acquisition des vertus forme le
caractère. Ces vertus sont acquises par la répétition d'actes bons : des actes de tempérance, des actes de courage, des actes de justice, des actes de prudence, des actes de la vertu de
religion etc.
C'est dans le chapitre quatre que Maïmonide va regarder de plus près ce qui caractérise un acte vertueux. Ici, il introduit un élément très important : un acte vertueux est un acte équilibré. La
tempérance, par exemple, est un intermédiaire entre la lascivité et l'insensibilité au plaisir. Un acte tempérant implique donc une mesure, une règle. Nous comprenons alors comment la Tora va
jouer ce rôle de régulateur, ce rôle d'éducateur, dans l'activité de l'homme. La Tora donne le sens de la mesure, le sens de l'équilibre, dans l'acte humain.
Le courage sera également un juste milieu entre l'audace et la lâcheté. La libéralité un juste milieu entre l'avarice (l'accaparement) et la prodigalité etc. En considérant les vertus, Maïmonide
reprend la connaissance des vertus des anciens philosophes. Je ne regarde pas ici l'ordre entre ces différentes vertus, ordre qui diffère chez les philosophes, mais ce sens de l'équilibre, du
juste milieu, de la mesure qui se retrouve chez la majorité des anciens philosophes et même les plus divers : le Bouddha, Confucius, Platon, Aristote etc.
Le milieu éducatif dans lequel l'homme va se développer va jouer un rôle très important dans les acquisitions des vertus et des vices. Maïmonide le souligne fortement. Mais, si l'homme n'a pas
acquis ces vertus dans son enfance et qu'il veut se corriger, il le pourra avec le conseil des sages. Il lui faudra alors agir contre ses tendances et pratiquer une auto-éducation avec l'aide
d'hommes avisés. Celui qui est lascif, par exemple, devra s'entraîner à l'insensibilité pour progressivement retrouver les actes tempérants. Celui qui est lâche devra s'entraîner à l'audace pour
retrouver un agir courageux etc. C'est ce que Maïmonide appelle le traitement par les contraires. Cette méthode constitue à ses yeux l'astuce de cette auto-éducation.
La formation du caractère de l'âme apparaît donc ici comme une nécessité impérative si l'on ne veut pas parvenir à l'étouffement et la mort spirituelle.
Dans une perspective chrétienne, le Christ vient nous apporter un remède divin qui, sans remettre en question cette nécessité de l'acquisition des vertus, vient au secours de nos maladies.
Le Christ, dans son enseignement, nous dit qu'il est venu non pour les bien-portants mais pour les malades. La vie divine est donnée à l'homme, alors qu'il est encore pécheur. Il nous a aimés
alors que nous étions encore pécheurs... Il est très important pour nous de comprendre que le don de l'Esprit-Saint ne corrige pas immédiatement nos défauts, il ne purifie pas immédiatement notre
psychologie humaine.
Tout cela constitue notre croix : "Celui qui veut être mon disciple, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive" dira Jésus. Nous tourner vers Jésus c'est, à la fois, recevoir le secours dont nous
avons besoin (et bien plus que le secours puisqu'il s'agit de la vie divine) et entrer en lutte avec nous-mêmes, avec le péché qui a provoqué des dégâts dans le caractère de notre âme
spirituelle. C'est pourquoi la conversion va être un chemin et les progrès se feront, selon les personnes à un rythme plus ou moins rapide, plus ou moins lent.
Mais n'oublions jamais la plainte de saint Paul : le Christ a laissé subsister en lui un écharde dans sa chair pour que sa grandeur ne devienne pas en lui l'occasion de chuter dans
l'orgueil.
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Publié: 23 juillet 2008, 11:09am PDT
Voici la troisième Antienne de l'Office des Typiques. Elle est constituée de la récitation des Béatitudes et de tropaires de la résurrection intercalés dans cette récitation. Il s'agit également
d'une composition du moine Syméon, dans le premier mode.
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Publié: 23 juillet 2008, 9:06am PDT
Voici le deuxième psaume des typiques, le psaume 145 qui s'achève sur le tropaire : « Fils Unique et Verbe de
Dieu ». Composition du moine Syméon du monastère de Cantauque (le lien vers le site du monastère est accessible dans notre rubrique Liens) dans le mode plagal du 3ème, mode appelé Varys
(Lourd) parce que sa fondamentale est le Si grave.
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Publié: 22 juillet 2008, 12:26pm PDT
Après l'Office de la Préparation, la Sainte et Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome s'ouvre avec la Grande Litanie.
Celle-ci est immédiatement suivie d'un petit office : l'office des Typiques constitué par le psaume 102, puis le psaume 145 et enfin le chant des Béatitudes.
Le chant de la Sainte et Divine Liturgie dans les langues vernaculaires est une tradition dans l'Eglise Orthodoxe et cette tradition remonte aux premiers temps de l'Eglise. Il va de soi qu'en
France, les chrétiens orthodoxes utilisent ainsi fréquemment le français dans leur liturgie. La composition de chants byzantins en français n'est pas simple. La langue française n'a pas d'accent
tonique ce qui rend la rythmique beaucoup plus arbitraire. C'est généralement la dernière syllabe qui est appuyée et allongée sauf lorsque celle-ci est constituée par un e muet...
Cela n'a pas découragé des orthodoxes de chanter dans cette langue et, de fait, en dehors de la musique sacrée, tant en musique classique qu'en musique populaire, il existe de nombreux chants
en français.
J'ai connu, il y a quelques années le travail de Nicolas Baralis et son ami Frédéric Pichias (devenu prêtre orthodoxe à Rhodes) qui, à Marseille, ont été des pionniers dans cet effort de composer
les textes liturgiques byzantins en français.
Il y a également le travail patient et continuel d'Andrea Atlanti et de son groupe Stoudion qui nourrit le chant quotidien de nombreuses communautés monastiques.
En Belgique, un prêtre orthodoxe a également édité des livres de musique byzantine en français. Son groupe a pour nom les "saints Anargyres".
J'aimerais vous présenter, peu à peu, le travail de mon ami, le moine Syméon du Monastère de Cantauque (près de Carcassonne) qui a été, comme moi-même, disciple de Lycourgos Angelopoulos.
Je me suis longtemps interdit de chanter en français, c'est si difficile. Je préfère chanter en grec ou en arabe... Mais je comprends que l'usage du français est une nécessité ecclésiale, c'est
pourquoi j'aimerais mettre en valeur le travail du moine Syméon. C'est un travail de qualité que, je l'espère, je ne trahirai pas trop...
Je vous présente aujourd'hui le psaume 102 dans le plagal du premier mode. C'est un enregistrement fait à la maison... sans ison. Peut-être un jour, sera-t-il possible de vous en présenter une
version plus parfaite et accompagnée par les isons ! Je l'espère de tout coeur.
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Publié: 21 juillet 2008, 8:36am PDT
Pilate a livré Jésus pour être crucifié. Commence le long chemin de croix. Jésus, chargé du bois du supplice, s'avance vers
le lieu dit du Crâne, ce lieu qui, en hébreux, se dit Golgotha.
Saint Jean le Théologien reste très sobre dans son récit, alors que les autres évangélistes donneront davantage de détails sur ce parcours dont nous ne pouvons imaginer la pénibilité. La croix est
si lourde, et Jésus tellement épuisé, qu'il faudra faire appel à un certain Simon de Cyrène pour aider Jésus à grimper avec son fardeau jusqu'au lieu où Il doit être mis en croix avec deux
brigands, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche.
Luc nous révèle aussi la présence de femmes qui l'accompagnaient et pleuraient et se lamentaient sur Lui. Jésus s'adresse à elles avec ces paroles énigmatiques : "Filles de Jérusalem, ne pleurez
pas sur moi. Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur votre progéniture. Voici venir des jours où l'on s'écriera : bienheureuses les femmes stériles, les ventres qui n'ont pas engendré et les seins qui
n'ont pas allaité." Quelle terrible béatitude !
Puis, Jésus poursuit avec ces paroles prophétiques : "Alors on commencera à dire aux montagnes : tombez sur nous ! et aux collines : cachez nous... Parce que si l'on traite ainsi le bois vert,
qu'en adviendra-t-il du sec ?" (Lc 23, 26-32)
Il ne s'agit pas de croire que Jésus fasse ici l'apologie de la stérilité ou bien encore qu'il maudisse la fécondité ! Jésus est Amour et ses paroles ne sont mûes que par sa compassion infinie
envers notre pauvre humanité. Pourquoi donc Jésus prononce-t-il en cet instant de si douloureuses et terribles paroles ? Pourquoi, alors qu'Il est en train d'opérer le salut de l'homme, semble-t-il
n'exprimer qu'une vision d'apocalypse et de terreur ?
Jésus voit venir le temps où l'humanité s'enfoncera de plus en plus profondément dans le péché, dans la violence, les guerres, le mensonge, le matérialisme qui, en épuisant les ressources de la
terre, la rendra de plus en plus inhospitalière, un temps où les hommes préfèreront les idéologies à la Sagesse, les mythes les plus invraisemblables à la recherche de la vérité.
Il voit toutes les souffrances auxquelles les enfants des femmes seront condamnés. Il voit la douleur des futures mères, impuissantes à soulager la détresse et la souffrance terrible de leurs
enfants. Y-a-t-il plus grande douleur que de voir son enfant souffrir ? N'est-ce pas ce que vit en cet instant la Mère de Dieu qui accompagne son enfant au lieu sordide de son sacrifice ? Nous
avons dans notre histoire récente des périodes où les idéologies en Europe et sur toute la planète ont conduit à des atrocités dont nous préfèrerions qu'elles n'aient jamais existé ! Combien de
mères auraient alors voulu épargner leurs enfants ?
Jésus voudrait nous éviter toutes ces souffrances, mais il voit ce qui va advenir : "si l'on traite ainsi le bois vert, qu'en adviendra-t-il du sec ?"
Le comportement des hommes, s'ils rejettent la Vérité, deviendra inéluctablement la source d'un monde profondément inhumain, un monde dur et implacable, un monde où l'efficacité et la volonté
de puissance vont imposer un mode de vie étouffant et une culture mortifère, un monde où la puissance de l'Argent s'imposera de manière tyrannique et absolue : "Nul ne pourra plus ni acheter,
ni vendre, s'il ne porte pas la marque de la bête" dira saint Jean le Théologien dans son Apocalypse.
Le mystère de la Croix réalise le salut mais il n'ôte pas la liberté des hommes. Ceux-ci devront choisir, en face de la Vérité crucifiée, le chemin qu'ils veulent parcourir. Entrer dans l'Economie
de la grâce et s'ouvrir au chemin de la miséricorde et de la conversion ou bien se durcir davantage en rejetant la main tendue par leur Créateur et Père, comme le démon qui s'est fermé à tout
jamais à la Vie divine en s'exaltant lui-même dans son intelligence orgueilleuse et métallique.
La Croix de Jésus nous appelle à entrer dans le chemin de la Vérité.
Cette Vérité réclame la reconnaissance et l'aveu de nos péchés. Saint Jean le Théologien a exprimé cette nécessité vitale pour nous dans sa première épître : "Celui qui prétend n'avoir pas de péché
fait de Dieu un menteur".
Le mystère de la Croix serait un mensonge si l'homme n'avait pas besoin de rédemption. Si nous sommes sans péché, la Croix du Fils est une illusion et un mensonge. Si nous n'avons pas besoin de
Sauveur, Jésus le Fils de Dieu est un menteur. En mourant sur la Croix pour nous, Jésus porte nos péchés et les révèle en même temps. Ceux qui reconnaissent leurs péchés se précipitent dans ses
bras en implorant son secours comme le lépreux de l'évangile : "Si tu le veux, Seigneur, tu peux me purifier". Jésus, du haut de la Croix, nous répond : "Je le veux, sois purifié". La tradition de
la prière du coeur dans la tradition mystique de l'Eglise Orthodoxe nous met face à cette réalité impérative : "Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu Vivant, aie pitié de moi, pécheur". Mais si nous
n'acceptons pas de reconnaître nos péchés, nous disons : "montagnes tombez sur nous, collines cachez-nous" car alors, il n'y a plus d'espérance.
Saint Jean le Théologien nous révèle également un évènement qui l'a profondément marqué. N'oublions pas que, dans la déroute des disciples, Jean est le seul témoin oculaire des Saintes Passions du
Christ. N'est-ce pas terrible de penser que les apôtres ont manqué ce rendez-vous, ils n'étaient pas auprès du Seigneur lorsque Celui-ci est mort sur la Croix. Tous ont été dispersés, terrorisés
par ce qui venait de se produire. Seul saint Jean le Théologien sera présent, avec les saintes femmes, auprès de Jésus, bien en vue, au pied de la Croix.
Saint Jean nous fait le récit du partage des vêtements de Jésus, le tirage au sort de sa tunique sans couture... C'est ce qui revient aux soldats, à ceux qui ont fait la besogne, leur butin. Ils
partagent entre eux les vêtements de Jésus ; mais il y a cette tunique, cette robe sacerdotale sans couture. Elle sera tirée au sort. Saint Jean, comme Théologien, y voit avant tout la
réalisation de la prophétie. Les Pères de l'Eglise verront dans cette tunique une icône du mystère de l'unité de l'Eglise. Une bien belle icône ! Mais la tunique part dans les mains d'un simple
soldat, elle est tirée au sort...
Nous poursuivrons, dans notre prochain chapitre, cet approfondissement du mystère de la Croix à travers ces deux grands enseignements de saint Jean le Théologien sur le don de Marie, la Mère de
Dieu, à Jean et sur le coup de lance.