Les tensions russo-ukrainiennes se sont déplacées sur le front religieux
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MOSCOU, KIEV CORRESPONDANCES
Les tensions russo-ukrainiennes se sont déplacées sur le front religieux, lors de la célébration, vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27 juillet à Kiev du 1
020e anniversaire de la christianisation de la "Rus", le territoire originel de l'Ukraine et de la Russie d'aujourd'hui. Pour l'occasion, le patriarche russe Alexis II et le
patriarche oecuménique de Constantinople Bartholomée Ier ont fait le déplacement. Une visite hautement symbolique dans un pays où la religion orthodoxe, majoritaire, connaît un
double schisme depuis l'indépendance de l'Ukraine en 1991.
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le pays compte ainsi trois églises orthodoxes : une sous l'autorité de Moscou, une autre qui relève du patriarcat de Kiev, et une troisième église, "autocéphale", présente essentiellement
dans l'ouest du pays. Dans une Ukraine qui tend à s'émanciper de la tutelle russe depuis la "révolution orange" en 2004, la question religieuse rassemble peut-être plus encore que la
question linguistique les problématiques liées à l'identité nationale.
Issu de la mouvance "orange" et favorable à la réunification au sein d'une seule Eglise - indépendante de Moscou - de tous les orthodoxes ukrainiens, le président ukrainien, Viktor
Iouchtchenko, a donc profité de la présence de Bartholomée Ier pour lui demander sa "bénédiction pour ce rêve (...), pour l'Ukraine".
Le patriarche oecuménique, chef spirituel de tous les orthodoxes, a ainsi eu droit à une véritable visite de chef d'Etat. Plusieurs milliers de personnes étaient soigneusement réparties le
long du parcours officiel, et des drapeaux ukrainiens avaient été distribués pour donner à la fête une tonalité patriotique, tandis que la ville était recouverte de portraits du président et
de Bartholomée Ier. Le faste des célébrations, qui ont coûté plus de 5,5 millions d'euros, ont d'ailleurs soulevé de nombreuses critiques au sein de l'opposition. Tenu à l'écart
des cérémonies officielles vendredi et samedi, le patriarche russe Alexis II a néanmoins célébré ce dimanche une liturgie avec le patriarche oecuménique.
ALLÉGATIONS "INACCEPTABLES"
Devant le monument à Vladimir, prince de Kiev qui s'est converti au christianisme en 988, la foule s'est elle-même livrée à une joute oratoire entre les fidèles du patriarcat de Moscou et de
Kiev. "Alexis, notre patriarche !", se sont exclamés les uns, avant d'être rabroués par un groupe, moins nombreux, de fidèles scandant le nom de Bartholomée...
Bartholomée Ier a soufflé alternativement le chaud et le froid. Son discours à la nation ukrainienne évoque "l'occupation de l'Ukraine par la Russie", une expression
honnie par la partie russe, qui préfère y voir l'union de deux "frères slaves". Mais sa rencontre privée avec Alexis II, dimanche, a quelque peu inversé l'impression laissée
auparavant. Le patriarche a évoqué des "problèmes qui doivent être réglés en famille", évitant de faire allusion à la réunification souhaitée par le président Iouchtchenko.
"Le patriarche oecuménique n'est pas venu ici pour faire la leçon au patriarche de Moscou, dit l'archevêque Gabriel De Vylder, venu de Paris. L'enjeu est de trouver une solution
aux deux schismes qui existent en Ukraine. Leur raison est plus nationaliste qu'ecclésiastique."
Dans l'entourage de Bartholomée Ier, on juge cependant possible la reconnaissance prochaine d'une église ukrainienne unie et indépendante par le patriarche. Un dossier délicat,
alors que le patriarcat de Constantinople et celui de Moscou entretiennent des relations difficiles. Alexis II a récemment déploré les tentatives de rencontre de Bartholomée avec des leaders
des églises schismatiques, reproches que ce dernier a qualifiés d'allégations "inacceptables, infondées et insultantes".
Pour l'heure, la querelle des églises orthodoxes a surtout ranimé le dossier religieux au sein des griefs entre Kiev et Moscou. Au ministère russe des affaires étrangères, on déplorait les
"tentatives (ukrainiennes) d'utiliser ces célébrations pour provoquer un schisme entre les Eglises russe et ukrainienne". Dans ce contexte, l'invitation chaleureuse faite à
Alexis II par le patriarche Bartholomée de se rendre à Istanbul en octobre lors d'une conférence panorthodoxe pourrait compliquer encore les choses pour le camp ukrainien.
Alexandre Billette et Guillaume Perrier