Le Groupe mixte de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée a tenu sa cinquième session, du 19 au 23 novembre 2008. À l’invitation de la Fondation «Pro Oriente», il s’est réuni à Vienne à la Maison Don Bosco. Au début de la rencontre, les membres du Groupe de travail ont été accueillis par le président de la Fondation «Pro Oriente», le Dr Johann Marte, qui a souligné les intérêts communs de la Fondation et du Groupe de travail pour le dialogue orthodoxe-catholique. Dans le cadre d’une séance publique organisée par la Fondation «Pro Oriente», deux membres du Groupe de travail, l'archimandrite Job (Getcha) et le père Hervé Legrand (tous deux de Paris), ont donné des conférences analysant l’état présent et les défis à venir de ce dialogue. Il en est ressorti qu’il devait approfondir essentiellement des questions relatives à la théologie de l’Eglise et à ses structures.
La cinquième session du Groupe de travail a été consacrée au sujet « Doctrine et pratique de la primauté du XVIe au XIXe siècle ». Le groupe poursuivait ainsi une série de discussions qui, par une approche historique, tente d’identifier et d’analyser le développement de la compréhension et de la pratique de la primauté. Cette année, le Groupe de travail a traité d’une part de certains aspects du rôle de la papauté après la Réforme, et d’autre part du développement des structures primatiales et synodales de l’Église orthodoxe dans les empires ottoman et russe.
Bien que l’autorité de la papauté ait été remise en cause par les Réformateurs, le concile de Trente (1545-1563) n’a pas traité directement de la primauté du pape et il a donc laissé ouverte la question de son autorité. Les réformes mises en place par le concile de Trente dans les domaines de la liturgie, de la catéchèse et de la formation théologique ont néanmoins conduit à une centralisation de l’autorité doctrinale dans l’Église catholique, qui a renforcé l’importance du siège romain. C’est à partir de cette époque que l’allégeance à la papauté est devenue une partie intégrante de l’identité catholique.
Le type de relation que nous entretenons aujourd’hui avec notre identité telle que l’histoire l’a forgée, nécessite une analyse plus profonde dans le dialogue entre orthodoxes et catholiques. Il faut, à cet égard, tenir compte aussi de l’image que nous avons de nous-mêmes et des autres, de la façon dont ils se voient et nous voient.
Dans l’empire ottoman la structure du «Rum-Millet» a conduit à une centralisation de la vie de l’Église orthodoxe. La période ottomane a ainsi contribué à accroître l’importance du Patriarcat œcuménique au détriment des autres patriarcats orthodoxes qui lui furent subordonnés en tout ce qui concernait leurs relations au pouvoir politique. Comme principe théologique, cependant, la synodalité n’a jamais disparu de la conscience ecclésiale.
Le développement du nationalisme au XIXe siècle a conduit à ce que les principes ecclésiologiques fondamentaux de nos Églises soient souvent violés. Le principe territorial fut ainsi partiellement remplacé par un principe ethnique, même si, par exemple, le concile de Constantinople de 1872 a réagi, en condamnant l’ethnophylétisme.
Plus qu’en aucun autre pays, en Russie, l’Église orthodoxe a fait l’expérience, de la part des pouvoirs publics, du meilleur et du pire, du soutien comme de la persécution. Son histoire montre ainsi la dépendance de l’Église à l’égard des forces politiques, mais relativise aussi les effets de celles-ci, car même lors des périodes de contrôle étatique étroit, l’Église a été capable de préserver une vie spirituelle intense.
Nos études ont montré que les facteurs politiques et historiques ont exercé une forte influence sur les structures ecclésiales en Orient et en Occident. Aussi faut-il une approche pluridisciplinaire de nos histoires respectives, prenant en compte des facteurs qui, sans être dogmatiques, influencent néanmoins l’ecclésiologie concrètement vécue. Tant en Orient qu’en Occident on observe dans l’Eglise des effets de l’exercice de fonctions séculières, des tendances centralisatrices ou, plus tard, l’accentuation des identités nationales. Ces problèmes appellent des réponses communes qu’une approche historique nuancée peut aider à résoudre.
Les Églises en Orient et en Occident ont souvent été confrontées à la même tentation d’associer le gouvernement ecclésial et l’autorité séculière. Cette confusion a renforcé l’autorité primatiale aux dépens des structures synodales. Bien que la synodalité soit restée alors à arrière-plan, elle n’a, cependant, jamais été complètement absente de la conscience de l’Église comme principe théologique.
L’interprétation historique doit se garder de toute idéalisation. La recherche d’exemples historiques confirmant nos idéaux ne contribue en rien à nous faire progresser. Ainsi, la seule existence des synodes n’est pas un argument suffisant pour démontrer que le principe de synodalité ait été appliqué.
L’exemple de la correspondance théologique entre le patriarche œcuménique Jérémie II et des théologiens luthériens de Tübingen à la fin du XVIe siècle montre la difficulté d’un dialogue qui ne peut pas s’appuyer sur un vocabulaire théologique compris de part et d’autre. L’analyse historique de la correspondance montre clairement qu’un accord mutuel sur le critère de l’unité de l’Église est requis pour qu’un dialogue réussisse. Il ne suffit pas d’arriver à une confession de foi commune, il faut encore partager une ecclésiologie dont les principes soient communs.
Le dialogue théologique a une dimension herméneutique et doit prendre en compte les différences linguistiques, les formes de pensée, les accentuations particulières des diverses traditions. Cette herméneutique peut révéler des approches différentes qui expriment la richesse de la foi et ne sont pas exclusives les unes des autres. Dans notre effort pour une compréhension mutuelle de nos expressions théologiques et canoniques, nous devons donc tirer profit des instruments de l’herméneutique contemporaine qui peut nous aider à situer des expressions du passé dans leur contexte historique, à identifier leur valeur permanente en les libérant d’aspects devenus anachroniques, et ainsi essayer de rendre leur intention pertinente pour aujourd’hui (la «relecture»).
Le Groupe de travail Saint-Irénée a été fondé à Paderborn (Allemagne) en 2004. Le Groupe de travail comprend 26 théologiens, 13 orthodoxes et 13 catholiques (d’Autriche, de Bulgarie, d’Estonie, de France, d’Allemagne, de Grèce, d’Italie, des Pays-Bas, de Pologne, de Roumanie, de Serbie, d’Ukraine et des Etats-Unis). Les coprésidents sont l’évêque Dr Ignatije (Midić) de Braničevo (Serbie) et l’évêque Dr Gerhard Feige de Magdebourg (Allemagne). La deuxième rencontre du groupe s’est tenue en novembre 2005 au monastère Penteli d’Athènes (Grèce), la troisième au monastère bénédictin de Chevetogne (Belgique), et la quatrième à Belgrade (Serbie).
À la fin de la rencontre, les membres du Groupe de travail ont rencontré l’archevêque catholique de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn, et d’autre représentants de plusieurs Églises et communautés chrétiennes de Vienne, afin d’échanger des informations sur les objectifs du groupe de travail et les relations œcuméniques à Vienne. Au nom des participants l’évêque Gerhard Feige a remercié l’archevêque de Vienne et la fondation «Pro Oriente» pour leur hospitalité et leur soutien financier à cette rencontre. La prochaine rencontre du Groupe de travail est prévue en novembre 2009, vraisemblablement à Damas.
Informations complémentaires :
Du côté orthodoxe, ont participé à la rencontre du Groupe de travail orthodoxe-catholique Saint-Irénée à Vienne les personnes suivantes : évêque Ignatije (Midić) de Braničevo ; Marios Begzos, Athènes ; Job Getcha, Paris ; Kirill Hovorun, Kiev ; Assaad Kattan, Münster ; Nikolaos Loudovikos, Thessalonique ; Paul Meyendorff, Crestwood/N.Y. ; Grigorios Papathomas, Tallinn ; Vladan Perišić, Belgrade ; Mariyan Stoyadinov, Veliko Tarnovo.
Du côté catholique, étaient présents les membres suivants : évêque Gerhard Feige, Magdebourg ; Thomas Bremer, Münster ; Hyacinthe Destivelle, Paris ; Edward Farrugia, Rome ; Basilius J. Groen, Graz ; Pieter Kohnen, Bois-le-Duc ; Hervé Legrand, Paris ; Johannes Oeldemann, Paderborn ; Rudolf Prokschi, Vienne ; Wolfgang Thönissen, Paderborn.