Hélène Pignot, La Turquie chrétienne. Récits des voyageurs français et anglais dans l’empire ottoman au XVIIe siècle, éditions Xénia, Vevey, 2007, 283 p.
Hélène Pignot, qui est orthodoxe et maître de conférence à l’Université de Paris I, vient de publier, par les soins de la jeune maison d’édition Xénia, une anthologie de récits, écrits au XVIIe siècle par des écrivains, des commerçants, des diplomates, des religieux en déplacement, en poste ou en mission en Turquie, dont une part importante de la population était alors chrétienne.
Les observations de ces voyageurs, français et anglais, de confession catholique, protestante ou anglicane, sont intéressantes en tant que descriptions de Constantinople, des îles ou du Mont-Athos à cette époque, et en tant que témoignages directs sur la condition des chrétiens dans l’empire ottoman, mais aussi et surtout en tant que réactions d’hommes qui découvrent, le plus souvent pour la première fois, la foi et le mode de vie des chrétiens orthodoxes.
Citons quelques titres de chapitres de la relation d’un français, le Sieur de la Croix (†1704) : De l’état présent de l’Église grecque en général ; De la croyance de l’Église grecque en général sur les principaux articles de la foi ; De la vie monastique dans l’Église grecque ; Des cénobites grecs ; Du noviciat et de la profession des cénobites.
Citons aussi quelques titres du récit de Pierre Rycaut, diplomate et commerçant anglais: L’état présent de l’Église grecque sous le joug turc; L’opinion de l’Église grecque touchant cet article du credo de Nicée-Constantinople: «Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique»; Des jeûnes dans l’Église grecque ; Du baptême et du sceau des nouveaux-nés appelé «to katasphragisais to paidion»; Du troisième mystère appelé Sainte Eucharistie, et du pain bénit; Des soins dont les Grecs entourent leurs morts, et de l’opinion qu’ils ont du Purgatoire; Du cinquième mystère: le mariage; Des images et des icônes dans l’Église grecque; Des prières aux saints, et de la vénération des anges.
Un autre voyageur anglais, Thomas Smith, chapelain de l’ambassade d’Angleterre à Constantinople, décrit lui aussi longuement différents aspects de l’Église orthodoxe à laquelle il voue un intérêt particulier et pour laquelle il éprouve une sympathie non dissimulée. Après une étude de la structure des églises et des différents degrés existant au sein du clergé et du monachisme, on trouve une présentation : du jeûne avant la communion, de la «posture» de ceux qui reçoivent la communion ; de l’obligation de la confession avant la communion, de la communion des enfants, de la communion des malades, de la pénitence, de la confession et de l’absolution, du mariage, des deuxièmes et troisièmes noces, de la fréquence des divorces, de l’onction des malades, des icônes et de leur vénération. Suivent quelques remarques sur la foi des «Grecs».
Ces textes, dont certains sont traduits pour la première fois, sont annotés par Hélène Pignot qui fournit des précisions historiques, littéraires et religieuses, mais aussi explicite ou rectifie certaines formules.
Jean-Claude Larchet