Métropolite Panteleimon Rodopoulos, «An Overview of Orthodox Canon Law», Orthodox Research Institute, Rollingsford, New Hampshire, 2007, 301 p.
Ce livre du métropolite Panteleimon (Rodopoulos) du Patriarcat de Constantinople, est la traduction anglaise d’un cours de droit canon donné par lui entre 1988 et 1998 aux étudiants de la Faculté de théologie de l’Université de Thessalonique.
Dans une première partie, l’auteur étudie la signification du droit canon dans l’Église, ses rapports avec le droit ordinaire, ses disciplines auxiliaires et ses sources, principales et secondaires, et présente les principales collections de canons.
Dans une deuxième partie, il expose le « système de gouvernement » de l’Église : en premier lieu, l’organisation de l’Église, en second lieu les instruments de l’autorité de l’Église, à savoir les conciles (œcuméniques et locaux) et le système de « gouvernement épiscopal » en ses différents degrés hiérarchiques.
Dans la troisième partie, l’auteur traite de l’autorité dans l’Église, sous ses trois formes – prophétique, sacerdotale et royale.
Une quatrième partie est consacrée aux questions canoniques relatives au mariage et au divorce.
La cinquième partie traite des relations entre l’Église et l’État.
Un appendice présente les institutions du Patriarcat œcuménique, puis les statuts de l’archidiocèse d’Amérique en leurs cinq stades d’évolution.
Comme l’annonce l’auteur dans son avant-propos, ce cours n’a pas la prétention de constituer autre chose qu’un survol des diverses questions traitées et doit être abordé comme un introduction générale au droit canon.
On peut se montrer réticent envers certaines expressions un peu trop légalistes ou politiques utilisées par l’auteur, comme celles de «gouvernent» ou de «système de gouvernement», qui sont manifestement inadéquates dans le cadre de l’ecclésiologie orthodoxe. Le traitement de la question du «droit canon» par les auteurs orthodoxes est d’ailleurs presque toujours problématique dès lors qu’il est systématique, car s’il y a bien des canons dans l’Église orthodoxe, il n’y a pas véritablement de «droit canon» au sens propre de cette expression. Par ailleurs la distinction, spécifiquement orthodoxe entre «acribie» et «économie», à laquelle malheureusement l’auteur ici n’accorde par l’attention qu’elle mérite, donne aux canons et à leur application dans l’Église orthodoxe un sens particulier.
L’auteur a cependant bien conscience du problème, ainsi que de ce qui sépare la conception orthodoxe de droit et les conceptions qu’en ont les confessions occidentales :
«Il y a, écrit-il, un problème initial de l’essence de la relation entre l’Église et la loi. Le problème est comment réconcilier la notion et la conception de l’Église comme communion organisée des fidèles, qui est conditionnée par le Droit canon et d’autres lois, avec l’enseignement fondamental de l’Église selon lequel le Christ S’est incarné afin de libérer l’humanité de la “malédiction de la loi“, des liens du régime légal, etc., c’est-à-dire de la Synagogue (des Pharisiens et de la façon légaliste de concevoir et de vivre la religion), et de conduire les hommes à la liberté de l’esprit, à la communion d’amour, à l’Église, dans laquelle ce n’est pas la loi mais «la grâce qui a accompli toute chose». C’est un problème très sérieux qui continue à préoccuper les spécialistes du droit canon. À cause de cela, selon l’essence de l’Église, il est douteux qu’un système légal et, en conséquence, une science du droit canon puisse exister.
Ce problème est né et est devenu aigu à cause des positions extrêmes dans lesquelles les Églises et confessions chrétiennes occidentales – catholique romaine et protestantes – ont été amenées à l’époque où elles ont été organisées.
L’Église catholique romaine est devenue une organisation très puissante dans laquelle, pour le moins, l’élément spirituel à été combiné avec le séculier, tandis que les confessions protestantes, du point de vue du système légal, sont des organisations purement séculières.
Dans l’Église catholique romaine, l’aspect visible de l’Église est souligné, et ses dispositions extérieures en tant qu’organisation font l’objet d’une insistance particulière. Et, en accord avec la mentalité latine, la forme est accentuée aux dépens de la substance, ainsi que la loi, le système légal, aux dépens de la liberté de l’esprit et de l’Église comme communion au sein de laquelle prévaut le commandement nouveau de l’amour.»
Pour l’Église orthodoxe, en revanche, «l’organisation de l’Église est basée sur le commandement de l’amour, qui doit être la raison qui se trouve derrière la création de tout canon et la loi interne de celui-ci».
Jean-Claude Larchet