De
même que les blessures qui affectent le corps, si elles ne sont ni traitées ni
soignées, ne sentent pas le remède appliqué par les médecins, mais, une fois
nettoyées, elles sentent l'action du remède et ne tardent pas à guérir, de même
l'âme, tant qu'elle reste sans soins et recouverte par la lèpre de l'amour du
plaisir, est insensible à la crainte de Dieu, même si on ne cesse de dresser
devant elle la perspective redoutable et inéluctable du jugement de Dieu.
Mais lorqu'elle commence à se purifier grâce à une grande vigilance, alors,
comme une sorte de remède vivifiant, elle sent la crainte de Dieu qui la brûle,
comme en la poursuivant de ses reproches dans un feu destiné à produire
l'impassibilité. De là vient que par la suite, une fois purifiée en partie,
elle se hâte d'atteindre à la purification parfaite, l'amour croissant en elle
en même temps que diminue la crainte, afin d'arriver ainsi à la charité
parfaite en laquelle il n'est plus de crainte, comme il a été dit, mais une
totale impassibilité, fruit du désir de la gloire de Dieu. Mettons donc toute
notre joie et toute notre fierté à acquérir d'abord la crainte de Dieu, pour
arriver ensuite à la charité qui est la plénitude de la loi de perfection en
Christ.
Saint Diadoque de Photicé : Les propos ascétiques.
Cent chapitres.



